Fragments (choses lues)

Quelques citations glanées ici ou là, au fil des lectures.
Une respiration.
Pensée vivante, mots qui soignent. Liens qui libèrent.
Page après une page, la lente traversée des images.

 

 

 

Le mot guérir dans son acception étymologique veut également dire protéger, être le garant, habiter. Quoique le guérisseur soit celui qui du médecin n’a que la routine, le mot guérir rejoint la clôture du « bien » (Gut et Gitter) et le barrage contre l’eau, contre la mer. (La racine indo-européenne uer veut aussi bien dire protéger, clôturer, fermer, faire barrage.)
Cela, tous les enfants qui ont voulu guérir leurs parents le savent (et tous les analysants qui ont voulu guérir leur analyste le savent aussi) : guérir, c’est faire limite, donner la clôture où l’autre peut s’agripper, être la limite.

Etre la limite du corps métaphorique de l’autre ou, ce qui revient au même, être la limite de l’angoisse du rien. La question technique est : comment en partir, comment s’en départir. C’est-à-dire comment faire passer quelqu’un de l’être au faire, pour pouvoir par la suite faire autre chose et être autre chose.

Georg A. Garner, Le psychanalyste infidèle

 

 

 

Construire (avec)

 

Le problème avec le béton monolithique est que ce n’est pas fractionnable : ce ne sont pas des briques, ni des pierres ; ce n’est pas réutilisable, on ne peut rien construire avec. Quelque fois des gens frappent à la porte de la psychanalyse avec cette plainte désaffectée que rien ne touche, et avec la demande d’une « fragmentation » : ce n’est pas seulement la demande d’un permis de construire qu’ils viennent chercher, mais également les matériaux de construction. C’est à nous de les fournir ; plus exactement c’est à nous de fournir ce qui est en eux, en fournissant nous-mêmes une partie des matériaux.

 

Georg A. Garner, Le psychanalyste infidèle